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Portraits

Filed Under (, ) by Chopperrette on vendredi 14 octobre 2011

Posted at : 08:26

Pour changer un peu l'exercice, j'ai décidé de relever le défi de Mélusine et son amie Nini. Elles ont chacune écrit un portrait, voir ici et . Je vais donc essayer d'y ajouter ma touche et de leur donner une histoire. Le texte est donc particulièrement long ce mois-ci. J'ai mis les parties que je n'ai pas écrites en italique, au cas où vous les connaîtriez bien, ne mélangez pas avec mes dialogues que j'aime mettre en italique. A vos claviers pour le verdict!


Portraits


Ses cheveux auburn coiffés d'un chapeau cloche blanc décoré d'un lys, elle avait cette prestance qu'ont les femmes convaincues de leur beauté. Le dos droit, le menton haut, sa bouche aux lèvres gourmandes et colorées de la dureté du courage qui habitent les femmes qui ont déjà beaucoup souffert, elle transpirait l'assurance à quinze pas. Quand elle avançait dans la rue, perchée sur ses talons aiguilles, sa robe légère dansant dans la bise pour révéler la courbe douce de ses reins, se plaquant sur sa poitrine pour en dévoiler la rondeur, les hommes et les femmes se retournaient sur son passage pour ne pas la perdre du regard. Elle était cette personne à qui l'on pense, quand on ferme les yeux le soir et à qui l'on rêve, une fois le sommeil descendu sur les esprits.

Personne n'aurait eu l'audace d'aller lui dire qu'elle avait du charme. On ne dit pas aux belles femmes qu'elles ont du charme, bien qu'elle n'en manquât pas. Quand un homme se penchait à son oreille, une main posée sur son bras pour en sentir la chaleur, le nez près de sa nuque pour humer son parfum, il lui susurrait qu'elle était une femme magnifique, dont la beauté faisait pâlir les étoiles. Elle répondait d'un sourire parfait, ses pommettes d'aristocrate se colorant d'un rose délicat, comme si elle ignorait tout du don extraordinaire que la nature lui avait offert. Puis, elle demandait qu'il aille lui chercher un verre au buffet, ou bien prétendait devoir aller aux toilettes et, dès qu'il avait le dos tourné, disparaissait comme un courant d'air. Il ne restait alors au pauvre prétendant, que la vague émanation d'un parfum envoutant, un reste vaporeux de fantasme inassouvi.

Aux audacieux qui la regardaient trop, qui osaient aborder ce qui devait rester divin, qui espéraient vaniteusement posséder un être libre et sauvage, elle n'accordait jamais plus qu'une conversation, quelques regards, des sourires discrets. Parfois, elle leur faisait l'honneur de rire, illuminant son visage de déesse d'une vie brutale et vive qui irradiait alors de son être comme une nuée ardente.

Aux médisantes rongées de jalousie qui crachaient sur son honneur comme des serpents, elle les toisait d'un regard aussi froid et terrible qu'un vent d'hiver, les terrassant de sa superbe et de sa grâce, de son infinie supériorité. Aucun besoin de parler, de nier, de redresser les torts qu'on lui faisait, il lui suffisait de balayer l'assistance de ses yeux turquoises dans lesquels brillait la splendeur de l'eau sauvage et idyllique, aussi nuancée sous le soleil que les reflets d'une opale.

***

Il était de ces hommes à la nonchalance étudiée, au négligé sophistiqué, de ceux qui passent des heures devant leur miroir pour obtenir une coiffure façon "je sors du lit" couplée au début de barbe de celui qui n'a pas eu – ou pris – le temps de se raser. Sa veste de costume couplée au jean froissé volontairement délavé lui donnait l’allure d’un adolescent trop vite grandi, d’un étudiant qui essaye tant bien que mal de se donner l’allure d’un homme mûr et sérieux. Ses grands yeux d’un vert très clair et ses cheveux d’un blond à faire pâlir d’envie Marilyn Monroe parachevaient le tableau, le faisant basculer de la catégorie de « beau gosse » à celle de « gueule d’ange » sur qui on se retourne dans la rue.

Les propositions ne manquaient pas, tant les demandes en mariage intempestives que les suggestions de se lancer dans le mannequinat ou une carrière d’acteur. Il laissait glisser, avec un sourire, un de ces sourires innocents de gamin qui feraient fondre la banquise plus vite que tous les réchauffements climatiques du monde, et orientait habilement la conversation sur un autre sujet, sans jamais répondre aux demandes. Il préférait toujours les discussions faisant appel à sa culture, plutôt que les monologues de ses interlocuteurs sur son look ou sa plastique. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était de s’enfermer dans son salon, roulé en boule sur son fauteuil préféré, un bon polar dans les mains, puis se laisser happer par l’intrigue, vibrer avec les personnages, pris dans sa lecture jusqu’à oublier le monde autour de lui.

On aurait pu ne voir en lui qu'un clone parmi tant d'autres de ces bobos écolos qui vont au travail en vélo, boivent du café estampillé commerce équitable et s'habillent de coton bio. Mais sa façon bien personnelle de reprendre par petites touches les éléments clefs d’un mode de vie en vogue pour se les approprier semblait retenir les médisants et faire chavirer les demoiselles, pourtant rapides à émettre en quelques coups de langue vipérins des jugements souvent fatals pour l’objet de leur étude.

Ce qu’il pouvait difficilement nier, en revancher, c’était sa réputation de séducteur. Cependant, qu’y pouvait-il, si toutes les jeunes – et moins jeunes – filles qu’il croisait étaient irrésistiblement attirées par sa personne ? Il en jouait, bien évidemment, utilisant et abusant de sa jeunesse pour justifier son incapacité à se fixer, pour dissimuler le plaisir qu’il prenait à papillonner d’une fille à l’autre en attendant de trouver celle aurait assez d’audace et de charme pour le retenir. Et à ceux qui le traitaient de bourreau des cœurs, il répondait qu’il n’y a de victime plus facile à attraper que celle qui est consentante, et qu’il aurait été bien sot de ne pas en profiter.

*** ***


Ce soir d'automne, il pleuvait doucement. Il courait négligemment dans les rues pour arriver à l'heure. Il ne tenait pas spécialement à être présent à cette soirée mais... il le fallait, il s'était engagé avant de vivement regretter quelques temps après, cependant il était trop tard pour décliner. Il n'y ferait qu'une apparition et partirait dès que possible. En montant la volée de marches qui le séparait de la porte d'entrée, il ralentit. Un parapluie sobrement élégant, manifestement tenu par une femme, lui barrait le chemin. Il s'assura de lui tenir la porte en bois et ouvragée de fer forgé aussi noir que la nuit. Il pu entr'apercevoir son beau visage qui ne lui accordât qu'un bref regard de politesse. Au moment où ils entraient, presque ensembles, la maîtresse de maison, drapée dans sa robe de satin vert émeraude les accueillit.

- Ah tu es arrivé! ... et accompagné en plus? dit-elle dans un cliquetis de perles en se tordant les mains.
- N... commença la ravissante propriétaire du parapluie.
- Oui tout à fait! Où se situe le vestiaire, ma chère? coupa notre séducteur blond.
- Oh bien sûr! Juste à votre droite. Je vous retrouve dans la salle de réception. répondit l'hôtesse de la soirée avec un petit sourire manifestement déçu par la réponse. Ses mains s'étaient serrées suffisamment pour que les jointures blanchissent un peu. Elle s'éloigna d'un pas décidé vers un couloir d'où montait vraisemblablement les conversations de ladite réception.

Tout s'était passé assez vite et notre belle demoiselle n'eut que le temps de jeter un regard interrogateur et courroucé à son "accompagnateur". Ses yeux bleus semblaient électrisés par la colère, et exigeaient l'explication sur le champ d'une conduite aussi extravagante qu'inadmissible de la part d'un parfait inconnu. Notre belle gueule d'ange se fendit d'un sourire avant de répondre.
- Bonsoir Mademoiselle, je comprends votre réaction et veuillez excuser ma conduite... disons "surprenante".
- Vous voulez dire "déplacée" répliqua-t-elle d'un ton sec. Il considéra la réponse une petite seconde.
- Admettons, va pour "déplacée". Je vous dois des explications avant même de me présenter. Je tiens à vous prévenir, je n'ai pas fini de vous surprendre ou vous offusquer. Cette soirée m'ennuie d'avance et, puisque l'on semble pouvoir croire que nous sommes venus ensembles, j'aimerai en profiter. Ce jeu m'amuserait le temps de la soirée et m'aiderait, vu votre rayonnante beauté, à tenir éloignées les prétendantes à me raccompagner ce soir. J'en connais la plupart et je n'ai aucune envie de leur parler durant la réception. Bien sûr, j'ai parfaitement conscience de mon audace de vous demander une pareille chose, alors que nous ne nous connaissons pas, et vous auriez toute légitimité à me refuser une telle proposition. En ce cas, je m'arrangerai pour partir dès que possible et ne plus vous importunez de ma présence... un dernier point, au cas où vous l'ignoreriez, j'ai une réputation de séducteur et je ne voudrais pas que cela se révèle une mauvaise surprise pour vous par la suite.

Elle étudia attentivement les yeux verts de cet homme fier de son culot. Comment pouvait-il avoir une telle assurance? Scrutant sa chevelure blonde légèrement mouillée et sa dégaine, il avait plutôt belle allure dans son genre "je viens de réaliser l'heure et j'ai enfilé en urgence ce qui me restait de classe dans mon placard". Elle détourna le regard un instant pour s'imprégner de l'ambiance de la soirée dont le brouhaha indistinct parvenait à leurs oreilles. Effectivement, elle semblait avoir tout de ces soirées ennuyeuses où des hommes charmés balanceraient entre l'audace de l'aborder et l'indécence de la suivre du regard derrière leur flûte de champagne. Elle soupira légèrement, il n'y avait même pas de musique pour espérer s'évader des discussions. Ses yeux s'assombrirent tels des saphirs. Après un instant, qui parut à notre jeune effronté une éternité, elle replongea ses yeux dans la clarté verdoyante de son interlocuteur. Il semblait maintenant réaliser son audace et anticiper sur cette soirée. Pourquoi pas? se disait-elle. Après tout, elle n'y connaissait qu'une amie qui l'avait suppliée de venir. La proposition était totalement surréaliste et presque inacceptable mais elle offrait l'espoir d'égayer une morne soirée. Cela ne devrait pas être plus ennuyeux que d'habitude. pensa-t-elle.

- D'accord. dit-elle d'un ton posé et ferme. Alors que cela paraissait impossible le vert devint plus clair encore, comme illuminé de l'intérieur par le visage rayonnant de l'homme semblant redevenu enfant. MAIS... si votre jeu ne m'amuse pas ou dès que j'en serai lassée, je vous laisse en plan. Bien évidemment, il est hors de question que vous me raccompagniez quand j'aurais décidé de partir ou que vous ne quittiez la soirée avant que je n'ai fini de me divertir.
- Vos conditions me paraissent plus qu'acceptables et je m'y conformerai scrupuleusement. Je m'efforcerai de vous rendre la soirée agréable.
Il baissa le regard et se pencha légèrement en disant ces mots, pour manifester son allégeance à cet engagement et ses remerciements à cette créature mystérieuse. Son sérieux et sa sincérité étaient manifestes et cela arracha un léger sourire à la belle.

Après quelques présentations d'usage, il lui tendit son bras qu'elle acceptât et ils entrèrent dans la salle de réception tels des conquérants sur leur territoire fraîchement acquis. Mais il n'y avait rien de la supériorité affichée et exacerbé du vainqueur, seulement la prestance de ceux qui ont le droit d'être là. Toutes les conversations s'arrêtèrent pour regarder le couple traverser la pièce pour rejoindre le buffet. Très vite des murmures d'étonnement et d'interrogation parcoururent la salle et le lourd lustre chargé de cristal en tremblait presque. Une fois l'événement pris en compte par les invités, la soirée repris son cours.

Il tint sa promesse et la belle passa une très agréable soirée. En couple affiché aux yeux des autres, aucun prétendant n'osa l'importuner. De son côté, il se révéla un agréable compagnon de soirée. Parfois, après qu'il se soit penché à son oreille, on la vît rire. Il était cultivé et offrit une conversation variée et intéressante. De même, aucune soupirante n'osa rivaliser avec la beauté de cette femme qui restait au plus loin à deux pas. Lorsque quelque courageux les abordait malgré tout, notre charmant jeune homme se chargeait toujours des questions embarrassantes. Il mettait tout son talent pour esquiver les réponses et noyer le poisson. Elle le laissait faire et s'amusait de ses dons oratoires. L'infortuné repartait toujours sans aucune information intéressante, en ayant presque oublié sa question, se demandant également ce qu'il avait compris de la réponse.

Puis vint le moment où elle en eu assez et son regard couleur de lagon fut sans aucune ambiguïté. Il l'accompagna jusqu'au vestiaire et sortit avec elle dans la fraîcheur du soir. La pluie avait cessée depuis longtemps.
- Merci pour cette soirée des plus étranges. Adieu dit-elle simplement.
Il s'inclina légèrement pour accepter ses propos. Adieu reprit-il.
Ils partirent dans des directions opposées et ne se revirent jamais. Le hasard avait voulu leur rencontre mais ils avaient refusé d'en faire une romance. Cependant, aucun des deux n'oublia cette soirée. Cela resterait un souvenir cher à leur mémoire, d'autant plus cher que cela n'avait duré que le temps d'une réception.

Que pensèrent les témoins de ce couple durant la soirée? Qu'ils allaient bien ensembles et que l'indigent séducteur avait su apprivoiser une sublime créature... ou peut-être était-ce le contraire? Quand ils comprirent que le "couple" ne dura que le temps de la soirée, ils ne purent imaginer la réalité. Pourtant, certains furent témoins de leur "séparation". Quel étrange comportement! Ils ne pouvaient concevoir qu'il n'y avait rien, les rumeurs les plus folles couraient sur une romance ou un couple interdit. Cela amusât toujours les protagonistes, chacun dans leur vie. Ils souriaient à l'évocation d'une relation passionnée - on les avait vus à cette soirée ensembles! - et ne répondaient jamais directement, ce qui alimentait à nouveau les rumeurs.

Peut-être les avez-vous d'ailleurs entendues? Elles courent encore.

10 commentaires:

Gordon Shumway a dit…

Je viens de voir que tu avais publié un nouveau texte en allant sur le blog de Mel. ^_^

Bon je vais d'abord aller lire le sien qui est super long ^_^ avant de parler du tien.

Chopperrette a dit…

Pas de problème!

Ca te fera pas mal de lecture. ;-)

Mélusine a dit…

Une belle idée ! Ton texte s'accroche bien aux portraits, avec quand même ton propre style, que tu as su conserver. Et j'aime bien le traitement que tu as fait de la notion de "couple attendu" tout en restant hors de l'histoire d'amour banale. Un "non-conte de fées" en quelque sorte !

(attention, quelques fautes qui trainent, et peut-être deux-trois maladresses syntaxiques... rien de bien grave cependant !)

Chopperrette a dit…

Je m'y attendais, le texte est long, je l'ai lu et relu et à la fin... c'est dur. On ne s'y retrouve plus soi-même et on finit par sentir l'allergie pointer à l'idée de relire encore une fois!

N'hésite pas à les signaler, je relirais calmement ce soir.

Merci de ton avis.

Gordon Shumway a dit…

Oula faut ranger la rumble gum Chopperrette.
:-P

On arrive, on arrive. On t'oublie pas.
C'est juste que j'aime pas faire des commentaires sur un texte que j'ai à moitié lu car ça m'arrive trop souvent de me précipiter et de mal lire.

Tiens je vais poster le même commentaire sur ton blog comme ça pas de jalouse.
:-P

Chopperrette a dit…

Mais oui mais comprend que ce n'est pas simple. On met en ligne un texte, il est sensé être attendu... et rien.
C'est frustrant!

Gordon Shumway a dit…

Bon,

je suis désolé mais apparemment j'ai pas posté mon commentaire sur ton texte.
Je vais donc le refaire mais en peu plus court.

Ps: oui, je comprends que tu sois impatiente d'avoir un retour. ^_^

Bon à la base, les descriptions sont longues et très détaillées donc j'avais peur que ton texte soit d'un style "balzaquien" (ouille pas frapper Mel promis je l'utiliserais plus ce mot). Mais tu ne l'as pas fait. Ouf. -_-'

A la base ces personnages sont assez hautains donc me plaisent peu. Mais j'aime le côté construction d'une légende urbaine. C'est bien (on en parle encore aujourd'hui). :-)

J'aurais aimé un évènement plus marquant dans la soirée plutôt que des petites touches.

Et j'avais un dernier point positif dont je ne me rappelle plus. :-$

Chopperrette a dit…

Snif je n'aurais pas le dernier point..
Bon mais c'est déjà pas mal. J'ai quand même fait un effort descriptif par rapport à mon style habituel mais j'ai de la marge avant de faire comme Balzac. :-D

Pour l'événement marquant, il n'y avait aucune raison, c'est tout le contraste entre le rien de la relation et les rumeurs folles. :-) Après je comprends mais je n'allais pas faire dans le romantisme, les auteurs des portraits n'étaient pas partant et c'est trop facile. Alors après... voilà, j'ai pensé à ce "non-conte de fée" comme dirait Mélusine.

Nini a dit…

Tu restes fidèle à mon portrait, sans le reprendre. J'aime ce style et cette ambiance un peu 20ème siècle, c'est comme ça que j'avais imaginé ma Dame.

Texte bien mené!
Merci de la faire vivre au travers de tes mots !

Chopperrette a dit…

Merci Nini pour ton retour!

Je suis ravie que le texte t'ait plu et de ne pas avoir dénaturé ton personnage.

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