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Le choix impossible

Filed Under (, ) by Chopperrette on mercredi 16 novembre 2011

Posted at : 08:44

Aujourd'hui, vous serez prévenus, l'histoire de ce mois ne sera pas gaie! Oui j'avais envie d'un truc bien triste, préparez vos mouchoirs... Pas sûr que je vous tire une larme cependant... Promis, j'essaierai de faire un effort avant Noël et je vous livrerai un truc plus joyeux, plus dans "l'ambiance"... ou pas. On verra, ou plutôt, JE verrai, c'est moi qui tient le clavier après tout!


Le choix impossible


Une femme est assise sur un banc, manifestement lasse, le poing serré sur un mouchoir. Le contour de ses yeux a rougi, elle a dû beaucoup pleurer pour en arriver là. Cependant, ça ne devait pas être assez, ses yeux brillent encore de nouvelles larmes. Pourquoi est-elle là, seule et triste, sur ce banc public qui accueille habituellement les gueules sympathiques des amours débutants de la chanson de Brassens? Elle a tout pour plaire de l'extérieur, rien qui ne devrait la faire pleurer en tout cas. Voulez-vous connaître son histoire? On ne peut pas la lui demander, elle n'est pas en état de la raconter. Mais moi je peux, il vous suffit de lire la suite...

Dans l'idéal, il faudrait remonter à son adolescence, quand sa belle frimousse brune aux cheveux courts et rebelles montraient des yeux noisettes déterminés. Elle ne savait pas trop ce que l'avenir lui apporterait mais elle ne comptait pas se laisser faire par les événements. Elle mènerait sa barque et les événements se plieraient à sa volonté. Elle savait très bien quel métier elle ferait, et cela depuis un bon moment: pilote d'hélicoptère. Ses yeux et ses oreilles ne présentaient aucun frein à ce rêve... non ce n'était pas qu'un rêve, un rêve laisse place à l'espoir ou un peu au hasard. C'était bel et bien un but, et il serait atteint de manière rationnelle sans laisser aucune place aux aléas.

Motivée? Quelle question! Pilote d'hélicoptère, en étant une femme exige plus qu'une simple motivation. S'intégrer dans un monde d'hommes, ce n'est pas donné à toutes, il faut du caractère, surtout pour compenser son mètre 61, juste assez pour les critères de l'armée. Déterminée, résolue, inflexible, voilà les termes qu'elle affectionnait pour décrire comment elle arriverait à son objectif. Elle était obligée de passer par l'armée pour des raisons financières évidentes. Elle avait donc travaillé de son mieux à l'école et passé toutes les épreuves. Elle avait réussi à franchir tous les obstacles et s'était battue pour faire sa place, récolter l'estime de ses homologues masculins. Ses supérieurs voyaient en elle un très bon élément, son but avait été largement atteint. A 25 ans, elle était fière de son parcours, il était conforme à ce qu'elle avait voulu.

C'était la partie que j'ai décrite au début, la partie sans tâches, celle où tout va bien et qui ne prédestine pas à pleurer un jour sur un banc public en bois vert. A la veille de ses 30 ans, elle n'était plus du tout aussi fière car elle avait l'impression de se trahir. Son monde avait basculé, par petites touches avant que cela ne devienne une évidence. Sa vie devait changer, elle avait un choix à faire... et quel choix...
Le verdict était tombé la semaine précédente, impitoyable, et avait le nom suivant: décollement de la rétine. Elle avait été soignée, mais sa vue ne pouvait bien sûr retrouver son niveau d'antan. Cela mettait un terme à sa carrière de pilote dans l'armée, non négociable. Alors il fallait choisir ce qu'elle allait devenir: dans l'armée elle pouvait encore se reconvertir dans le personnel navigant ou au sol, sinon pilote d'hélicoptère dans l'aviation civile. Vous parlez d'un choix... Elle ne voulait aucun des deux.

Pilote dans l'aviation civile, ce n'est pas si mal, c'est confortable... mais c'était trop tôt pour elle un tel "confort". D'autre part, sa vue pouvait encore baisser et elle serait alors recalée aux examens médicaux. Même pour le civil, son cas était "limite" et elle aurait du mal à être recrutée. Jouer les taxis pour les riches, elle n'était psychologiquement pas prête à sauter le pas, juste pour voler. De toutes façons, elle avait de grandes chances de devoir arrêter de piloter d'ici 2 ans pour raisons médicales. Mais les médecins n'étaient pas sûrs, son cas pouvait rester stable des années ou s'améliorer un peu avant la dégénérescence normale de l'oeil vers la presbytie.
Les métiers autour du pilote? Comment avoir la tentation permanente, les regrets, la frustration, la colère de l'injustice... être dans le bain sans pouvoir y nager... non impossible pour elle à supporter.
Alors que devait-elle faire? Plaquer l'aéronautique? Mais pour faire quoi? A part l'aéronautique, rien d'autre ne l'intéresse assez pour envisager une carrière. Quel métier exercer après celui de pilote d'hélicoptère? L'aéronautique, c'est toute sa vie... l'abandonner, c'est renier une partie d'elle-même, une partie fondamentale... impossible.

Et nous nous retrouvons à côté d'elle sur ce banc vert. Ses larmes coulent à nouveau devant son choix à ses yeux impossible. Aucun des chemins qui s'offrent à elle ne l'intéresse, aucun qui ne correspondent à son choix à elle. Mais son choix bien à elle n'est plus possible. L'indifférence du monde à son cas, elle s'en moque ou plutôt non, elle l'apprécie. La condescendance des autres la révolte. Le dernier choix qui peut rester lui est tout aussi impossible à mettre en oeuvre: elle n'a pas prévu d'arrêter de vivre même si elle ne peut plus voler. Alors comme elle sait qu'elle ne peut pas rester sur ce banc, ni continuer la vie qu'elle a toujours connue, elle doit faire un choix...

Impossible...

5 commentaires:

Gordon Shumway a dit…

Oui c'est très triste, et le plus triste c'est qu'en général, quand on fait pas de choix, c'est la vie qui le fait pour vous et c'est souvent encore pire.

Mais bon, c'est tellement triste que je vais essayer de mettre un peu d'optimisme là dedans. :-P

Quand on est face qu'à des impossibilités, il vaut mieux faire table rase et se relancer que de subir les évènements. Même si on ne contrôle pas son destin, on peut prendre des routes inattendues qui ouvrent de nouvelles perspectives.

Expérience vécue par un proche dans un autre métier ?

Mélusine a dit…

Pfiou... ça pour pas être joyeux, c'est pas joyeux ! Tu vas finir par me coller le bourdon, tiens...

Mais sinon, très bien écrit, comme d'habitude !
Seul truc qui me chiffonne : le début du 4ème paragraphe. Je trouve la phrase bancale, maladroite ; j'aurais plutôt écrit un truc du style "Voilà pour la partie sans tâches, celle où [etc]".
Enfin, à part ça, d'un point de vue littéraire, c'est très bien ! (mais je te préfère dans des textes plus "légers" !)

Poutous !

Chopperrette a dit…

@Fabrice: Je suis bien d'accord, en l'absence de choix, la vie s'arrange pour nous forcer la main.
Alors oui je pense que le personnage se reprendra car je l'ai décrite comme déterminée. Il faut juste qu'elle trouve son point d'accroche... et l'auteur n'avait absolument aucune idée.
Non pas du vécu pour un autre métier par un proche, même si cette histoire me parle. Il est vrai que mon oncle a dû renoncer à exercer son métier de dentiste mais je ne sais pas comment il l'a vécu.

@Mélusine: J'avais prévenu que ce ne serait pas gai! ;-)
Je suis d'accord pour la construction, j'en ai essayé plusieurs, j'ai rien trouvé qui me plaisait. J'ai tenté le voilà, je trouvais ça encore pire... bref pas inspirée sur le coup! Je suppose que ça arrive à tout le monde.
Merci en tout cas pour ton point de vue littéraire toujours très apprécié. Je ferai un effort le mois prochain, promis!

Gordon Shumway a dit…

Pour la suite : Ben c'est pas le but de cette histoire. Tu fais des tranches de vie, c'est pas écrire un roman. ;-)

Et oui ca fout presque le bourdon.

Chopperrette a dit…

Mais quelqu'un peut très bien vouloir continuer la tranche de vie! :-)

Bon mais si j'ai réussi à faire passer les émotions que je voulais ça me va! ;-)
Je ferais plus léger la prochaine fois, ne vous inquiétez pas.... Va falloir que j'y réfléchisse un peu quand même...

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